Quand le psychiatre refuse de te donner un diagnostic : comment je l’ai vécu

Comment je l’ai vécu? Et bien, je suis devenue tout simplement FOLLE ! Encore plus que d’habitude… Oui, oui, c’est tout à fait possible !

Clairement, quand un professionnel de santé refuse de poser un diagnostic sur tes troubles pour X ou Y raisons, alors que tu es en attente de recevoir des clés de compréhension sur tes fonctionnements et dysfonctionnements, ça te fait juste péter les plombs. Et cela, je l’ai vécu… Et malheureusement, pas qu’une seule fois ! 
Ce refus de diagnostic psychiatrique à répétition m’a littéralement détruite par moments. Face à ces multiples refus, un panel d’émotions s’est offert à moi, que je vais vous dévoiler à travers cet article.

1. LA COLÈRE

Tout d’abord, la colère est la première émotion que j’ai ressentie face au refus de diagnostic psychiatrique par ma dernière psychiatre. Elle a refusé de me dire ce que j’avais comme soucis, alors qu’elle me prescrivait un traitement antidépresseur ainsi que deux thymorégulateurs pour réguler mon humeur (indice : trouble borderline et/ou bipolaire). Et ensuite, me connaissant à peine (car elle passait plutôt son temps à papoter et à rigoler qu’à m’observer et me comprendre), elle a eu la brillante idée de réfuter le diagnostic de TDAH posé par un neuropsychiatre spécialisé dans ce trouble, qui collaborait avec plusieurs autres psychiatres spécialistes dans le pôle psychiatrie d’un hôpital, faisant des réunions entre eux pour discuter des différents patients et de leurs résultats aux divers tests effectués (anamnèse, test des potentiels évoqués avec les capteurs sur la tête,…).

Je suis restée bouche bée quand elle m’a dit :  » Mais à quoi cela pourra bien vous servir de savoir ce que vous avez ? Vous voulez vraiment le savoir? Non, moi je pense que c’est inutile ! « 

Quand je prends mon courage à deux mains pour consulter un.e spécialiste et dévoiler mes problèmes avec une volonté de comprendre de quoi je souffre pour enfin guérir, on me remballe en mode « Arrête de poser des questions, prends ces médocs et ça ira vite mieux ». Bravo ! Pour une chef de service en hôpital de jour psychiatrique, je tire mon chapeau… Une belle façon d’accompagner vos patients !

2. L’INCOMPRÉHENSION

Ce refus de diagnostic psychiatrique, je l’ai également vécu comme un sentiment de « non-assistance à personne en danger ». Comment peut-on refuser de me dire ce que j’ai ?

C’est comme mon avant-dernier psychologue qui me disait qu’il suspectait une cyclothymie (càd une bipolarité de type III) mais qui me disait que ce n’était pas un diagnostic. Et il insistait de nombreuses fois sur le sujet :  » Madame Luna, ce n’est PAS un diagnostic ! Je répète, ce n’est PAS UN DIAGNOSTIC !  » Car oui, j’ai appris par la force des choses que seuls les psychiatres sont habilités à poser des diagnostics. Encore faut-il en trouver un qui serait apte à le faire… Ce qui n’était pas le cas de la mienne, comme tu l’as compris.


D’ailleurs, c’est lors d’un groupe de parole entre personnes borderlines que j’ai découvert LA vérité au sujet des refus de diagnostic psychiatrique
J’ai appris, grâce à un thérapeute-animateur du groupe, que les psychologues et psychiatres doivent louer une licence pour avoir accès à ces fameux « tests » de diagnostics des diverses pathologies psychiatriques. Et surtout, que ces tests ont des prix si exorbitants que certains professionnels ne veulent tout simplement pas les louer pour les proposer à leurs patients. Ceci explique donc cela… Enfin un tabou levé ! Il en aura fallu des années avant de découvrir le pot aux roses… Car oui, cela, je l’ai découvert après 15 ans de thérapie à avoir essuyé plusieurs refus de diagnostic psychiatrique de la part de professionnels de la santé mentale.

3. LE DÉSESPOIR


Après la colère et l’incompréhension, il s’en est suivi une période de désespoir. Ne pas savoir, surtout quand on est enfin prêt à découvrir de quoi nous souffrons, est une vraie torture psychologique.
On ne se sent pas écouté, non compris et non soutenu. On se sent laissé à l’abandon sur l’île déserte de nos troubles et nos désespoirs… Comme si notre problématique n’était pas si importante que cela aux yeux de ces professionnels de la santé aux longues années d’études. Combien de fois j’ai compris, à travers ces sourires factices :  » Prenez vos médicaments et ne posez pas de questions Madame Luna ! Vous ne voulez pas savoir !  » . On nous retire les clés de notre compréhension de soi-même. C’est juste horrible à vivre. On se sent perdu, laissé à terre comme un vulgaire déchet tout sale que l’on regarde du coin de l’oeil pour éviter de marcher dessus et de salir ses nouvelles chaussures toutes blanches.
C’est ça, les dégâts invisibles que provoque un refus de diagnostic psychiatrique.

4. LA TRAHISON


Je me suis sentie trahie par cette psychiatre, qui au premier abord me semblait très gentille, professionnelle, compétente et à l’écoute.

Mais alors qu’elle a refusé de me donner un diagnostic (ou d’éventuellement quelques pistes de réflexions sur le sujet car je voulais à tout prix comprendre mes troubles et mon fonctionnement), elle a également eu la brillante idée de réfuter mon diagnostic de TDAH plusieurs fois, sans réellement me connaître. Un diagnostic posé par un confrère spécialiste du sujet, après avoir passé toute une série de tests en hôpital psychiatrique (anamnèse, test des potentiels évoqués avec les fameux capteurs sur la tête,…). Encore un bel exemple de refus de diagnostic psychiatrique basé sur… rien du tout. A partir de ce moment-là, elle a clairement perdu toute crédibilité auprès de moi. Surtout qu’elle ne m’a donné AUCUNE raison valable à ces refus de diagnostics.
Lassée, je me suis dit dans ma tête : « Elle, elle n’a tout simplement RIEN compris ! » .

5. L’ACCEPTATION OU LA NON-ACCEPTATION

On est parfois dans l’obligation d’accepter par dépit ces refus de diagnostic psychiatrique. Certains professionnels de la santé mentale ne nous écoutent pas, ne nous comprennent pas, ne prennent pas nos demandes au sérieux… Et avec le temps, face à ces personnes complètement buttées, on finit par baisser les bras et on rend les armes. On accepte de ne pas savoir, de ne pas comprendre…

« Ok, c’est comme ça. Je ne vais pas bien mais on ne veut pas me dire ce que j’ai.
On refuse de poser des mots sur mes maux. Tant pis… C’est qu’il n’y a rien à savoir, rien à comprendre… ». Alors on cherche, on se renseigne, on lit des livres de la littérature scientifique/psychologique. On pense se reconnaître dans un trouble ou dans l’autre. On analyse, on suranalyse. On interprète, on surinterprète. Mais parfois, on voit juste… Car bien souvent, au fond de soi-même, quand on se renseigne et que l’on a une très bonne analyse de ses comportements et de ses émotions, on SAIT. Car il n’y a que nous qui ne nous connaissons aussi bien ! En vivant 24h/24 avec soi-même depuis notre naissance, on est quand même balèze en observation du fonctionnement de soi ! Quand on possède encore un esprit correct d’analyse, on peut donc relever des informations qui nous conduiront sur les pistes de notre(nos) futur(s) diagnostic(s).

Et toi, comment as-tu vécu ton refus de diagnostic ?
As-tu été diagnostiqué.e rapidement ?


Prenez soin de vous,
Léna Rose.

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